COMMUNIQUÉ
Adopté par le Conseil de Paix et de Sécurité (CPS) de l’Union africaine (UA) lors de sa 1351e réunion tenue le mardi 9 juin 2026, faisant le sur le point sur la situation en Libye.
Le Conseil de Paix et de Sécurité,
Rappelant toutes les décisions de l’UA sur la situation en Libye, en particulier la Décision [Assembly/AU/Dec.868 (XXXVII)] adoptée par la 37e Session ordinaire de la Conférence de l’Union, tenue les 17 et 18 février 2024 à Addis-Abéba, Éthiopie, soulignant la nécessité d’unifier le pays par le biais d’un processus de réconciliation nationale inclusif afin de favoriser la cohésion sociale et politique;
Rappelant également toutes ses décisions et déclarations antérieures concernant la situation en Libye, en particulier le Communiqué [PSC/AHG/COMM.1291 (2025)] adopté lors de sa 1291e réunion tenue le 24 juillet 2025 au niveau des chefs d’État et de Gouvernement ;
Réaffirmant l’engagement indéfectible de l’UA à respecter l’indépendance, la souveraineté, l’intégrité territoriale et l’unité nationale de l’État de Libye;
Réaffirmant également la solidarité de l’UA avec le peuple libyen dans sa quête du rétablissement de la paix, de la sécurité et de la stabilité dans son pays ; et l’engagement de l’UA à continuer de soutenir le processus politique mené et pris en charge par les Libyens en vue de la tenue d’élections générales, comme approche viable et durable pour relever les défis auxquels le pays est confronté ;
Prenant note des remarques liminaires de S.E. Ambassadeur Nasir Aminu, Représentant permanent de la République fédérale du Nigéria auprès de l’UA, en sa qualité de Président suppléant du CPS pour le mois de juin 2026, de l’exposé de S.E. Wahida Ayari, Représentante spéciale du Président de la Commission de l’UA pour la Libye, ainsi que de la déclaration du Représentants de l’État de Libye ; du Représentant de la République du Congo, en sa qualité de Président du Comité de Haut niveau de l’UA sur la Libye et du Représentant spécial du Secrétaire général des Nations unies en Libye.
Agissant en vertu de l’Article 7 de son Protocole, le Conseil de Paix et de Sécurité :
1. Prend acte des progrès relatifs accomplis grâce aux efforts soutenus et à l’engagement des parties prenantes nationales et des partenaires internationaux dans les domaines diplomatique, politique et économique en vue de parvenir à une solution pacifique, consensuelle et durable qui reflète les aspirations du peuple libyen, y compris l’adoption de la Charte pour la paix et la réconciliation nationale, et encourage toutes les parties qui ne l’ont pas encore fait à signer la Charte et à en respecter les dispositions ;
2. Félicite S.E. Denis Sassou Nguesso, Président de la République du Congo et Président du Comité de Haut niveau de l’UA sur la Libye, pour son leadership dans le dossier de la réconciliation en Libye ; félicite les nouveaux signataires de la Charte pour la paix et la réconciliation nationale et appelle toutes les parties prenantes libyennes à mettre en œuvre la Charte, y compris la création du Haut Conseil pour la Paix et la Réconciliation nationale prévu par celle-ci ;
3. Réaffirme que l’Accord politique libyen signé le 17 décembre 2015 à Skhirat, au Maroc, la Feuille de route du Forum de dialogue politique libyen (LPDF) adoptée à Tunis, en Tunisie, en novembre 2020, ainsi que la nouvelle Feuille de route des Nations unies pour la Libye, présentée au Conseil de sécurité des Nations unies le 21 août 2025, tous menés sous les auspices des Nations unies et issus d’un processus inclusif de réconciliation entre les parties libyennes, fondent les bases et cadres crédibles pour une solution politique durable à la crise libyenne ; et appelle toutes les parties prenantes libyennes à réaffirmer leur engagement envers ces cadres et à accélérer la mise en œuvre de la Charte pour la paix et la réconciliation nationale, qui fait partie intégrante des efforts élargis visant à renforcer les institutions, à assurer la réunification et à favoriser la cohésion sociale ;
4. Se félicite de l’exercice militaire conjoint qui s’est tenu le 15 mars 2026 à Syrte et qui a réuni des militaires de l’Ouest et de l’Est du pays, ainsi que leurs dirigeants respectifs ; et souligne la nécessité urgente de réaliser des progrès sur le volet sécuritaire, notamment en poursuivant les efforts de la Commission militaire conjointe 5+5 et des deux chefs d’État-major en vue de la réunification des institutions libyennes de défense et de sécurité sous l’autorité civile légitime, et en faisant progresser les processus de désarmement, de démobilisation et de réintégration, qui constituent des éléments indispensables d’une transition sécuritaire durable ; et souligne la nécessité d’assurer l’unification de toutes les autres institutions de l’État ;
5. Se félicite également de la signature, le 11 avril 2026, de l’accord sur un budget unifié par les représentants du Haut Conseil d’État (HCS) et de la Chambre des représentants (HoR) sous les auspices du Gouverneur de la Banque centrale de Libye (CBL) et exhorte vivement les deux chambres à mettre en œuvre cet accord qui améliorerait les conditions de vie des citoyens libyens ;
6. Se félicite des efforts déployés par la Représentante spéciale du Secrétaire général des Nations unies, S.E. Hannah Tetteh ;
7. Reconnaît les contributions apportées par certains pays voisins de la Libye (Algérie, Tunisie et Égypte) pour soutenir les efforts de stabilisation et les processus de transition politique menés par les Libyens eux-mêmes ;
8. Rejette fermement toute forme d’ingérence étrangère dans les affaires intérieures de la Libye ;exhorte toutes les parties extérieures à s’abstenir de s’ingérer dans les affaires intérieures de la Libye; et demande à la Commission de l’UA, en collaboration avec la communauté internationale, de continuer à apporter son soutien politique à la Commission militaire conjointe (CMC) 5+5 afin de mettre pleinement en œuvre l’accord de cessez-le-feu, y compris le retrait ordonné de toutes les forces étrangères, des combattants étrangers et des mercenaires du territoire libyen ;
9. Souligne l’importance de garantir l’appropriation et la participation libyennes aux forums et aux efforts visant à relever les défis actuels auxquels le pays est confronté ;
10. Réaffirme qu’il ne peut y avoir de solution militaire viable aux défis auxquels la Libye est confrontée et que seul un véritable dialogue politique libyen inclusif peut déboucher sur des solutions consensuelles et durables et, à cet égard, exhorte toutes les parties prenantes libyennes à renoncer à leurs ambitions personnelles, à s’abstenir de toute action ou déclaration susceptible d’aggraver les tensions et à rester pleinement attachées à leur aspiration à la réconciliation nationale ;
11. Souligne la nécessité de promouvoir la cohésion nationale, de renforcer davantage la gouvernance, les capacités des institutions de l’État et l’état de droit, ainsi que de favoriser un dialogue national sincère et inclusif en vue d’assurer la réconciliation nationale dans le pays ; et, à cet égard, souligne également la nécessité pour la Commission de l’UA et l’ONU de continuer à soutenir les efforts libyens inclusifs ;
12. Exprime sa profonde préoccupation face à la fragilité persistante de la situation sécuritaire, y compris les cas d’affrontements sporadiques dans les villes côtières, qui constituent une menace existentielle pour les vies ainsi que pour les biens publics et privés ; et dans ce contexte, souligne l’importance de respecter et d’adhérer aux accords de trêve conclus ;
13. Prend note avec préoccupation des défis économiques auxquels la Libye est confrontée en raison d’une combinaison de facteurs, notamment la situation actuelle de crise institutionnelle et d’instabilité, et, à cet égard, appelle à la mise en place d’un mécanisme responsable et transparent chargé de la gestion de l’économie du pays ;
14. Souligne la nécessité d’adopter des approches globales et holistiques visant à s’attaquer efficacement aux causes structurelles profondes et aux facteurs qui alimentent les défis actuels auxquels la Libye est confrontée, y compris des politiques ciblées visant à promouvoir l’autonomisation des jeunes, la création d’emplois et la diversification économique en tant qu’objectifs de développement à part entière, et non pas uniquement comme des mesures de lutte contre la radicalisation ; et appelle à un soutien accru aux initiatives locales de réconciliation et aux efforts de consolidation de la paix au niveau communautaire qui complètent les processus politiques nationaux et renforcent la cohésion sociale;
15. Se félicite du rapport du Bureau d’appui des Nations unies pour la Libye et appelle à un renforcement de la collaboration, de la coordination et de la complémentarité des efforts entre l’UA et l’ONU, ainsi qu’avec d’autres partenaires stratégiques, pour accompagner le processus de paix libyen ;
16. Exprime également sa profonde préoccupation face aux violations persistantes de l’embargo sur les armes, aux exportations illicites de carburant et à l’érosion des avoirs libyens gelés due à une mauvaise gestion ; souligne la responsabilité cruciale du Comité du régime des sanctions de garantir la transparence et la responsabilité ; et se félicite de la résolution du Conseil de sécurité des Nations unies autorisant l’Autorité libyenne d’investissement (LIA) à gérer ses avoirs gelés sans lever le gel, et souligne la nécessité de prévenir toute utilisation abusive des avoirs libyens gelés ainsi que de garantir l’utilisation appropriée des avoirs non gelés ;
17. Exprime en outre sa profonde préoccupation face aux violations graves présumées des droits fondamentaux des migrants et réfugiés africains, en particulier leur détention arbitraire, les mauvais traitements et l’exposition à la violence sexuelle et sexiste, et condamne ces actes ; et, à cet égard, invite les autorités libyennes à prendre des mesures concrètes pour assurer la protection de tous les migrants et réfugiés africains, quel que soit leur statut ; et demande à l’UA, à l’ONU et à l’Union européenne (UE) de collaborer, notamment pour réactiver le Groupe de travail tripartite sur les migrations ; et, compte tenu de la gravité de la question des migrations en Afrique, réitère ses demandes antérieures adressées au Président de la Commission, sous réserve de la disponibilité des ressources, de nommer un Envoyé spécial pour les migrations en vue de coordonner les questions migratoires sur le continent ;
18. Exprime également sa profonde préoccupation face à la prolifération continue des armes illicites, qui continue d’alimenter la crise dans le pays, et, à cet égard, souligne la nécessité urgente d’intensifier les efforts visant à lutter contre la prolifération des armes illicites, les réseaux de trafic et la criminalité organisée transnationale, notamment en renforçant la gouvernance et le contrôle des frontières ;
19. Réaffirme sa décision d'organiser une mission de terrain en Libye afin de permettre au Conseil de Paix et de Sécurité (CPS) d'échanger avec diverses parties prenantes pour mieux appréhender la situation sur le terrain et soutenir le processus de transition ;
20. Compte tenu de la situation humanitaire qui prévaut en Libye, demande en outre à la Commission de l’UA, en particulier au Département de la Santé, des Affaires humanitaires et du Développement social, de se concerter avec ses partenaires afin d’apporter une aide humanitaire au pays et à tous les migrants en situation de vulnérabilité en Libye ;
21. Demande à la Commission de l'UA d'aider les autorités libyennes à créer les conditions propices à l'organisation réussie d'élections crédibles qui refléteront la volonté générale du peuple libyen ;
22. Réitère sa demande au Président de la Commission de l'UA de veiller à la mise en œuvre de la Décision n° 815 de la Conference, adoptée lors de la Session ordinaire de la Conférence des chefs d'État et de Gouvernement de l'UA qui s'est tenue en février 2022 à Addis-Abéba, concernant le transfert du Bureau de liaison de l’UA à Tripoli, au plus tard à la fin de 2027, en vue de renforcer davantage la présence et la visibilité de l’UA sur le terrain, tout en tenant compte de la situation sécuritaire sur le terrain, et demande à la prochaine session de la réunion conjointe de la Sous-commission chargée de la supervision générale et de la coordination des questions budgétaires, financières et administratives (GSCBFAM) et des experts techniques du Comité des quinze ministres des Finances (F15) de veiller à ce que cette question soit inscrite au budget ;
23. Appelle à un renforcement des investissements en faveur de la résilience climatique, de la gestion de l’eau et des ressources durables en Libye ainsi que dans l’ensemble de la région nord-africaine et sahélienne, en reconnaissant l’importance de faire face aux pressions environnementales afin d’atténuer les effets négatifs sur le développement durable, les moyens de subsistance et les déplacements forcés ; et exhorte les partenaires de la Libye à renforcer leur soutien à l’adaptation et au renforcement de la résilience, en intégrant les considérations climatiques et environnementales dans leurs programmes d’aide à la paix et au redressement ;
24. Réitère son appel en faveur de la préservation de l’unité, de la souveraineté et de l’intégrité territoriale de la Libye et exprime sa solidarité avec le peuple libyen, véritable victime de la situation dans le pays ; et
25. Décide de demeurer activement saisi de la question.
Posted by Situation Room ICU
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Communiqué de la 1351e reunion du CPS tenue le mardi 9 juin 2026, faisant le sur le point sur la situation en Libye